La fumée et les particules fines résultant d’un incendie causent de graves dommages aux voies respiratoires, en particulier chez les patients souffrant d’asthme et de BPCO.
Lors d’un incendie ou d’une éruption volcanique, des situations extrêmement dangereuses se créent pour ceux qui se trouvent à proximité de l’événement. Les dangers pour la sécurité et la santé sont dus à plusieurs facteurs :
Alors que la cendre et la fumée sont perceptibles et visibles, les particules fines (également appelées « particules ») sont invisibles car elles sont constituées de substances liquides et solides, d’un diamètre compris entre 2, 5 et 10 micromètres (?m), soit de 1/100 à 1/400 de millimètre (pratiquement jusqu’à 1/30 de l’épaisseur d’un cheveu).
Fumée et particules fines : les conséquences sur l’organisme
Outre les brûlures, qui constituent une pathologie à part entière, examinons les conséquences du tabagisme et des particules sur l’organisme. Le principal dommage est clairement une atteinte au niveau de l’appareil respiratoire, qui s’accompagne de trois complications différentes :
Les composants du tabac sont des sous-produits chimiques d’une combustion incomplète, et beaucoup de ces composants sont très irritants pour les muqueuses respiratoires : il suffit de penser à la violente toux qui s’installe dès que l’on entre dans un environnement très enfumé ; ils agissent comme des broncho-constricteurs et, par ce mécanisme, augmentent encore les dommages pulmonaires proprement dits, sans compter que certains d’entre eux ont été identifiés comme étant la cause directe de dommages : l’acétaldéhyde, le benzène, l’acide cyanhydrique, l’ammoniac, l’oxyde d’azote et l’oxyde de carbone sont les plus connus.
Les dommages aux poumons résultent principalement de la fermeture des bronches et de cette action toxique, tandis que les dommages dus à la chaleur sont limités : les voies respiratoires supérieures et inférieures ont en effet une capacité considérable à humidifier et à refroidir l’air inhalé, dans le but de protéger le parenchyme pulmonaire.
Inhalation de fumée : symptômes à surveiller
Les manifestations cliniques de l’inhalation de fumées sont la tachypnée (respiration accélérée), la toux, la dyspnée (difficulté à respirer), la respiration sifflante, la cyanose, l’enrouement . Au cours des 24 à 48 heures suivant l’inhalation, un manque d’oxygène dans le sang (hypoxémie) peut s’installer et s’aggraver progressivement, avec l’apparition d’œdèmes pulmonaires qui limitent encore davantage la fonction respiratoire.
À ce tableau, déjà dramatique en soi, s’ajoutent souvent des surinfections bactériennes à Pseudomonas aeruginosa ou à Staphylococcus aureus, car les mécanismes de défense de la poumon sont compromis par les dommages subis par l’endothélium pulmonaire. Dans la période suivant l’inhalation, un SDRA, c’est-à-dire un syndrome de détresse respiratoire, peut se développer, dont les causes sont encore controversées : on parle de pneumonie chimique due aux composants de la fumée, on impute la faute à une toxine mise en circulation, à une CID (coagulation intravasculaire disséminée) ou à un œdème pulmonaire d’origine neurogène. Il est un fait que le SDRA s’installe et contribue de manière substantielle à l’aggravation du pronostic.
Il faut préciser une donnée : le dioxyde de carbone (CO) est la cause la plus fréquente d’empoisonnement accidentel, souvent associé aux dommages causés par les cyanures produits par la combustion de matières plastiques. Le mécanisme par lequel le CO provoque une intoxication est simple : il remplace l’oxygène dans l’hémoglobine circulante, car son affinité pour le molécule d’hémoglobine est 200 fois supérieure à celle de l’oxygène.
Le manque d’oxygène qui en résulte affecte principalement les organes qui ont besoin d’un apport continu, comme le cerveau et le cœur, ce qui explique les manifestations cliniques de l’intoxication au CO, qui affectent très souvent le système nerveux central : maux de tête, nausées et vomissements non liés à l’alimentation, confusion mentale, troubles de la vue, perte de conscience, convulsions, jusqu’au coma et à la mort.
Poussières fines : les dommages pour la santé
Les particules fines méritent une discussion à part. Lorsque l’on ne connaissait que les particules d’un diamètre de 10 ?m, on savait que les dommages causés par leur inhalation se limitaient à un dépôt dans les voies respiratoires et les poumons. Maintenant que des particules de 2,5 ?m de diamètre ont été identifiées, nous savons que des particules de cette taille peuvent non seulement être inhalées, mais aussi respirées, c’est-à-dire qu’elles peuvent pénétrer dans le sang par les alvéoles pulmonaires et atteindre d’autres organes, s’y déposer et provoquer évidemment un dysfonctionnement de l’organe touché.
Malheureusement, plus les particules sont petites, plus elles sont nocives, et celles qui se forment lors des incendies sont précisément celles qui ont le plus petit diamètre, donc les plus dangereuses. C’est un sujet qui reste à approfondir : on sait que les particules fines constituent une menace pour la santé car elles peuvent aggraver des problèmes respiratoires déjà existants, comme celle des patients souffrant d’asthme ou de BPCO, mais malheureusement, il existe aussi l’hypothèse, loin d’être infondée, que les particules les plus fines sont impliquées dans la genèse des tumeurs, c’est pourquoi il faut accorder une attention croissante à ce problème environnemental qui s’exacerbe lors d’événements accidentels avec combustion tels que les incendies et les éruptions volcaniques.
Intoxication par la fumée d’un incendie : que faire ?
Les complications les plus immédiatement menaçantes pour la vie de la victime qui a respiré des fumées surchauffées sont l’obstruction des voies respiratoires supérieures et l’intoxication au monoxyde de carbone (CO), il est donc essentiel de surveiller attentivement le patient pour détecter l’apparition de ces complications : Si l’on soupçonne (ou si l’on est sûr, après une bronchoscopie) une inflammation grave des voies respiratoires supérieures, il faut immédiatement intuber le patient.
Le recours aux corticoïdes en tant qu’agents anti-inflammatoires est utile, mais doit être effectué avec beaucoup de prudence, en raison de leur effet inhibiteur sur les mécanismes de défense anti-infectieux et donc de leur possible facilitation des infections superposées.
Les antibiotiques à titre préventif ne doivent absolument pas être utilisés : ils ne préviennent pas les infections et peuvent au contraire sélectionner des germes résistants et causer de graves dommages. Tout ce qu’il faut faire, c’est humidifier l’air inhalé par le patient, éliminer les sécrétions pharyngées et laryngées et prévenir l’atélectasie en ayant recours, si nécessaire, à des bronchoscopies répétées, et en administrant évidemment au sujet des mélanges gazeux riches en oxygène, afin de déplacer le CO de l’hémoglobine circulante.
Si l’inhalation n’est pas massive, le pronostic est généralement bon : en quelques minutes à quelques heures, le patient, éloigné de l’environnement nocif, retrouve rapidement sa fonction respiratoire, à condition que son état avant l’accident soit bon. En revanche, si le patient souffrait d’une BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) ou d’asthme, la récupération peut ne pas être complète ni rapide.
La situation est différente en cas d’exposition prolongée. Dans ce cas, surtout s’il y a une intoxication au CO, les dommages neurologiques peuvent être graves et permanents : de la perte de mémoire à la dépression, en passant par des syndromes liés à des lésions des ganglions de la base.
Conseils pour prévenir les dommages causés par la fumée d’incendie
La prévention est malheureusement un sujet décevant. Si, dans le cas des dommages causés par des agents infectieux, diverses mesures prophylactiques peuvent être mises en place (de l’isolement du malade à la vaccination des contacts), dans le cas des incendies ou des éruptions volcaniques, il n’y a pas de prévention, si ce n’est celle de s’éloigner du lieu à risque, si cela est possible.
Dans le cas où il n’est pas possible de s’éloigner, la Protection civile a rédigé un vade-mecum pour faire face aux incendies. Il est notamment conseillé de respirer à travers un mouchoir humide et d’éviter de s’approcher du feu.
En ce qui concerne les particules, la prévention doit devenir une obligation incontournable des administrations nationales, régionales, provinciales et municipales : la santé des citoyens ne doit pas être mise en danger plus qu’elle ne l’est déjà et la lutte pour l’amélioration de l’écosystème et de l’environnement dans lequel nous vivons doit être l’une des priorités de tout gouvernement.

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